TRAVAILLER C’EST TROP DUR

Le diable s’habillait en Louis Féraud

Bonjour les gens !
Je m’appelle Françoise L., je suis Pédégaire d’une société reconnue.
Fût un temps, dans une autre vie, je fût le premier employeur d’une petite conne, répondant au nom niaiseux de Violette.

Je dois avouer qu’elle m’a déçue cette ingrate.
Je lui avais donné la chance extraordinaire de travailler dans un environnement dur, tyrannique et ubuesque.
J’avais décidé de la casser, comme toutes ces petites putes, qui allaient pleurnicher dans les toilettes, dès que je leur donnais un ordre.
Mais elle n’a pas voulu plier, ni apprendre par coeur l’excellent règlement intérieur de 46 pages, rédigé par sa Seigneurie, dans lequel j’avais édicté des règles pour le moins usuelles dans n’importe quelle société qui se respecte, voyez plutôt s’il y a matière à faire sa chochotte :

L’employé ne devra, sous aucun prétexte, adresser la parole directement à Françoise L.
En cas d’urgence et exceptionnellement, il pourra lui rédiger une note fournie expliquant sa demande et la déposer dans la bannière de Françoise L.
Chaque employé est à la disposition de l’entreprise, ceci ouikaines et jours fériés compris (ps : je les ai même fait bosser un 24 décembre toute la soirée, j’en ris encore de ma bonne blague).
Il pourra également être demandé à l’employé d’écourter ses vacances, si l’urgence d’un dossier le nécessite.
L’employé ne devra, en aucun cas tenir des propos négatifs envers Françoise L., même dans la sphère de la vie privée, sous peine d’une exclusion immédiate.
Le nombre de congés payés sera octroyé au mérite. Françoise L. décidera au cas par cas, à la fin d’une année pleine (sans congés) au sein de la société.
L’employé devra être vêtu d’une manière correcte et élégante. Le pantalon est strictement banni pour les personnes du sexe féminin.

Bon, je ne vous ennuie pas plus longtemps ; il y a quand même 46 pages, mais avouez que tout cela est d’une banalité affligeante, non ?

Dans les faits, c’est vrai que je suis un peu dure, mais c’est pour le bien de ces chers enfants.
Je ne peux pas me permettre de faire de sentiments, je suis une Pédégaire ultra reconnue dans le milieu, il en va de ma crédibilité.
Je n’ai jamais compris pourquoi on m’avait intenté tant de procès, notamment aux Prudhommes, tenez, par exemple :

Une employée m’a demandé un jour, par écrit bien sûr, si elle pouvait ouvrir la fenêtre car l’odeur de mes cigarillos l’indisposait vu qu’elle s’était faite engrossée cette petite conne, 6 mois auparavant. Je n’ai pas répondu à sa note, l’ayant pulvérisée avec rage de ma main décharnée et je l’ai virée sur le champ quand elle a eu l’indécence d’ouvrir la fenêtre de son propre chef, une semaine plus tard.

Un autre jour, j’ai demandé à ma secrétaire (enceinte elle aussi, quelle calamité ces oies blanches !) de prendre l’énorme arrosoir et d’aller abreuver toute les plantes trônant au sein de ma vénérable société. Elle m’a répondu de vive voix que l’arrosoir était trop lourd, que ce n’était pas possible vu qu’elle rentrait dans son 8ème mois de grossesse, bla bla.
Elle est donc passée à la comptabilité une heure plus tard.

Un matin où je devais me rendre à un rendez vous bizness très important, je n’ai pas pu sortir mon véhicule de ma place de parking (où j’ai fait inscrire en lettres d’or F.L. pour ne pas avoir de problèmes).

En effet un coupé BMW (très beau ma foi, et surtout très neuf) me barrait malencontreusement la route. De rage et ne pouvant supporter qu’un élément extérieur puisse me résister, j’ai embouti tout le côté droit du véhicule susnommé et j’ai donc pris un taxi.

Plus tard dans la journée, quand le propriétaire du coupé BMW s’est posté devant mon bureau, agressif, me demandant si c’était moi qui avait défoncé sa voiture plus tôt, dans la matinée, j’ai accepté de lever les yeux d’un air méprisant et je lui ai rétorqué « on ne parle pas à Françoise L. Si on a quelque chose de la plus haute importance à lui communiquer, on rédige une note et on la met dans son casier ! »

Voyez, je ne comprendrai jamais les humains.
Alors quand cette petite conne de Violette a refusé, au bout d’un mois, d’apprendre par cœur mon règlement intérieur en vue d’une interrogation écrite et qu’elle me l’a fait savoir par une note accompagnée de sa lettre de démission, j’ai vu rouge.

Par contre, je ne saurai jamais qui, à cette époque, me téléphonait en pleine nuit, pour me demander « Bonsoir Françoise, je te réveille ? Es-tu habillée en bleu ? »
Complètement dans le coltard, je répondais « heu… non » (vu que je ne porte que des nuisettes Fifi Chachnil de couleur rose)

Et là, la voix me répondait invariablement « Ben t’es virée quand même ! »
Ça a duré 3 mois ce cirque !

69