Incitation à la débauche by Mauboussin

Lundi 3 septembre, vers minuit, je suis tombée raide dingue amoureuse. Papillons dans le ventre, et tout le tintouin, jouez Hautbois, qu’un sang impur abreuve nos sillons, si je mens je vais en enfer.
Je feuilletais tranquillement les 236 pages de réclames insérées sournoisement dans le Elle Spécial Mode quand je suis tombée en pâmoison devant une bague.
Attends, je te cause pas de trucs Agatha ou autres Scooter hein ?

Je te ferais dire que j’ai « la lien » by Chaumet à l’annulaire droit depuis des années, c’est pas pour baisser en gamme, j’ai envie de te dire…

Bien, avant de te causer de mon nouvel amour, une fois n’est pas coutume, je l’illustre, pour que tu comprennes bien que c’est pas un coup d’un soir.
C’est elle.
Là.
Dessous.

Pff, attends, je peux même pas la regarder, sinon, je vais encore défaillir.
Donc, je te disais quoi ?

Ouais, lundi soir, elle m’a hypnotisée cette conne, je suis restée 10 minutes sans bouger, le souffle coupé, juste je la regardais et j’ai dit, d’un ton sentencieux, je sais que je t’aurais toi (aparté assez long : mais pas comme le mec dans la pub pour MMA qui rabâche sa litanie « je l’aurais un jour, je l’aurais » depuis des mois que ça commence à me tuer les nerfs tellement c’est trop pas drôle, non ? fin de l’aparté et reprise de la phrase juste après la parenthèse), te la raconte pas rapport que t’es dans le Spécial Mode bourré à craquer de publicités de trucs very expansive, même pas peur j’ai persiflé.

Attends, je reprends mon souffle. Je sais bien que le pavé plus haut n’a aucun sens, tu le fais exprès ?

Après, j’ai adopté une grille de lecture chère aux adolescents barrés de mangas, c’est à dire que j’ai d’abord regardé le prix en bas à droite.
3 290 €.
Est-ce que c’est cher finalement ? Pas trop que je me suis dit complètement objective.
On va pas non plus en faire un pataquès, l’amour c’est pas une question de blé, donc le prix, je l’ai validé.

Enfin, mon oeil a finalement bifurqué vers la gauche, en bas de la page. Et là, ils m’ont scotchée les gens du marketing, chez Mauboussin.
Ouais, attends, tu vois pas que la bague, elle s’appelle « Belle de Jour » ?!!??
Et là, j’ai dit, okay y’a message !
Le truc, pour vraiment la mériter « Belle de Jour », ben c’est qu’il faut coucher, quoi !

Tu me diras, je m’appelle pas Séverine, les maisons clandestines y’en a plus des masses dans le quartier, je te réponds so what ?
Putain, mais couchons quoi !

Par contre, je te préviens que y’a quand même une condition : je couche qu’une fois !
Me fais pas le coup que tu peux me l’offrir seulement en 5 fois sans frais avec ta Carte Printemps rapport qu’elle n’est pas encore arrivée au corner du 1er étage et que donc tu files direct sur les Champs !
Vais- je devoir passer à la poêle, comme qui dirait, à plusieurs reprises, tu penses bien que la réponse est Non.
Et aussi, pardon, y’a une autre condition, t’es pas trop moche, sinon je me l’offre moi-même hein ?

Voilà, heu, mon imèle est en haut à gauche.

PS : Mauboussin, si tu passes par là et que tu peux m’éviter de faire des trucs pas très catholiques pratiquants en me l’offrant, tu serais mignon, tu sais ça ?
Je suis prête à glisser le mot « Mauboussin » dans chaque billet pendant 6 mois.
Deal ?

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Chaussure à son pied… et réciproquement.

Même entre jeunes filles de bonnes familles, nées très loin d’un vulgaire ruisseau, il arrive fréquemment que l’on parle de sexualité.
Parfois, certaines, plus hardies que les autres, osent poser des question un peu crues auxquelles d’autres ne répondent pas, détournant la tête l’air gêné, rougissantes. (ou alors elles sont pucelles ? Non, cela ne peut être possible, mais je poserai néanmoins la question, tu me mets le doute)

Bien souvent, donc, le sujet de la taille du sexe masculin fait débat et occupe les esprits pendant de longues nuitées.
Le postulat de départ est invariablement le suivant : « les grosses b**** c’est bien, mais faut pas exagérer quand même, sinon ça fait mal… »

Aujourd’hui, je vais te narrer de pourquoi ce postulat est une hérésie.
Je vais même me permettre de contredire Horace qui disait « s’habiller à sa taille, et se chausser à son pied : voilà la sagesse. »
N’importe quoi, lui !

Une verge, c’est comme une chaussure, il faut la « faire« , avant de la porter/l’adopter…

Quand tu achètes une paire de chaussures, la vérité, t’as pas les pieds défoncés le premier jour où tu les portes ? Si hein ?
Il est vrai que bien souvent, tu utilises des petites astuces pour accélerer la symbiose entre le pied et le stilleto, soit.
Alors, évidemment, sois pas con au point de mettre du papier journal mouillé ou un embauchoir au fond de ton intimité, tu risquerais d’avoir des petits problèmes.
D’autant que si on pousse le bouchon encore plus loin, tu vois pas que si tu devais utiliser un embauchoir tu devrais d’abord prendre « l’empreinte » en faisant un moulage du sexe de ton mec !??
Mais tu sais que tu me fais dire n’importe quoi, quand même, hein ?

Bref, tu demandes pas à ton mec si tu peux avoir une demi-pointure en dessous, c’est pas la peine.

Conclusion : 1) de manières, tu ne feras point ; 2) de minauderie, tu n’abuseras aucunement ; 3) l’effronterie tu manieras (et avec dextérité, s’il te plaît) ; 4) bref, tu y vas quoi, je te jure que tu me remercieras un jour…
T’es de la win, non ?
Bon.

Conclusion plus classieuse : j’ajoute que seul le battement à l’unisson du sexe et du coeur peut créer l’extase (je sais, c’est magnifique), le reste n’est que légende urbaine (hein ? Je sais aucun rapport).

Avertissement : Je préviens juste que si le mot « b*** » est utilisé plus de 5 fois dans les commentaires, je porte plainte au commissariat le plus proche !

PS : D’un sens, j’ai l’impression que ce billet est assez court. Le fait d’ajouter un PS crée l’illusion un instant, surtout si tu es un peu bête.
PS2 : Pour le papier journal mouillé, prends « Le Monde », c’est mieux.
PS3 : Voilà. T’as école, toi, aujourd’hui ?

90

Le soir où Vincent Delerm a bu un cocktail avec de la Suze dedans…


Hier soir, je suis allée pré-drinker (oui, c’est le nouveau terme pour désigner un apéro, notion devenue complètement has been depuis 15 heures environ) avec une amie.
Ce qui est bien quand tu pré-drink le lundi soir, c’est que déjà c’est le début de la semaine, mais surtout, c’est le lendemain du dimanche et le surlendemain du samedi où, en général t’as abusivement pré-drinké, drinké voire post-drinké et que donc, autant cumuler une bonne fois pour toutes et après on n’en parle plus, tu es serein tout le reste de la semaine.
Voilà.

Donc, hier, nous étions bien lundi et mon amie S. me demande si éventuellement, pour une fois, je pourrais pas être feignasse et comme qui dirait venir la chercher à la sortie de son bureau rapport qu’en général c’est toujours elle qui se déplace sauf que comme elle a un vélo j’ai répondu t’abuses quand même, mais exceptionnellement, je veux bien, car nous sommes lundi.Bon, et là, on a choisi de pré-drinker au Bar Cacahuète qu’est un bar genre comme sur le Canal Saint-Martin rapport que c’est coloré pareil pour faire genre « bonjour les gens, je suis un bar de bobos, on est cool » sauf que déjà y’a moins de bobos et que même si y’en a, ils sont moins cons.

Donc, c’est bien.

Alors, tu vas me demander pourquoi que ce bar il s’appelle « cacahuète » ? Y’a une thématique ou bien ?
Je te réponds que je ne saurais guère te renseigner et que si c’est juste rapport aux « vraies » cahouètes dans des petits paniers en osier que le patron te donne, y’a limite de l’abus coz’ que le concept est galvaudé.Comme on était lundi, je te fais un rappel, on s’est donc installées au bar.

J’ai demandé au patron s’il pouvait gracieusement me préparer une Vodka Suze s’il vous plaît et là, y’a Vincent Delerm qu’était à côté de moi au bar mais que j’avais pas capté en arrivant tellement j’étais captivée par les leggings gris de S. qui m’interjectionne :
« Une Vodka Suze ? C’est terrible je ne savais pas que ça existait un truc pareil ! »
J’y réponds que « ouais, j’ai lu dans les Inrocks dans la rubrique « ça va, ça vient », tu sais la rubrique où qu’ils te disent ce qu’est pré-buzz, buzz, hype et tout le tintouin, que la Vodka Suze, ben c’était le gros retour de hype »

« Moi tu sais, les Inrocks… » qu’il dit l’air mystérieux

????!!!!
Tu m’étonnes comme ils se sont foutus de sa gueule, il va pas valider le canard le mec.

S. me dit paniquée qu’elle ne connaît pas du tout le répertoire de Delerm et que ça va craindre niveau conversation.
J’argue que moi non plus, je préfère Bénabar mais que tu vois pas qu’on va se le coltiner toute la soirée de toute façon, donc qu’elle respire et qu’elle baisse son legging qu’avait remonté au dessus de son mollet gauche…Vincent, il dit : « je vais me laisser tenter je crois, rien que le nom c’est sympa... »
Bon, je t’avoue qu’il a pas un grand niveau rapport au vocable, mais en même temps, il a pas tort, la Suze c’est so « old school« , moi ça me fait craquer, même si j’aime pas ça !

Ouais, bon, après, c’est pas tout ça, mais comme on est lundi, ben le concept c’est pas de s’éterniser, donc on a glissé un au revoir à Vincent, au patron, aux bobos pas trop cons et on est rentrées, sans passer par le sex-shop à Pigalle car il faut faire un détour dans ce cas-là et c’est pénible.

Plus tard, y’a mon amie A. qui bosse dans une chaîne de télévision cryptée mais que je peux pas dire laquelle qui m’appelle.

Je lui demande quoi de neuf.

Elle me répond qu’elle a vu Brad Pitt et aussi Angelina, mais de loin, et que même dans le clair-obscur, elle est trop maigre.

« Et toi ? » qu’elle me retourne la question.

« J’ai vu Delerm » j’ai dit, « mais par contre il a bu une Vodka Suze grâce à moi ! »

« Ha… » qu’elle a répondu.


Bar – Restaurant Cacahuète

Square Montholon

1, rue Pierre Semard

Paris 9ème

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